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Devenue, en moins de 20 ans un acteur majeur dans l'économie mondiale, la Chine ne se contente plus de concurrencer les puissances industrielles sur leurs territoires. Elle leur tient aussi la dragée haute dans des régions jusque-là considérées comme les pré carrés des Occidentaux. C'est le cas de l'Afrique qui, depuis sa colonisation, est restée la chasse gardée des puissances coloniales comme la France et la Grande-Bretagne. En effet, ces dernières années, Pékin a intensifié ses relations déjà anciennes avec le continent afri­cain pour augmenter ses parts de marché et s'assurer un accès accru aux ressources pétrolières africaines. Même si l'éveil de la Chine ne fait pas trembler l'Occident, il annonce un nouvel ordre économique mondial assez pragmatique.

 

« La Chine et l'Inde, l'autre nouveau géant économique asia­tique, ont besoin du pétrole pour leur expansion rapide et rivalisent à coups de bonus et de promess­es d'aide au développement pour s'assurer des points d'appui à travers l'Afrique », soulignaient récemment nos confrères de MFI (Agence de presse de RFI).

 

Outre sa soif de pétrole qui l'a poussée à s'intéresser partic­ulièrement au Soudan, à l'Angola, au Nigeria mais aussi à la Libye, au Tchad, au Gabon et à d'autres pays producteurs, la Chine con­voite les minerais et d'autres matières premières et favorise la réalisation des infrastructures socioéconomiques. Sans oublier la coopération militaire. En dehors de quelques partenaires traditionnels comme le Mali, Pékin a jeté son dévolu sur des pays en crise ou sortant d'un conflit ou qui sont en délicatesse avec les institutions internationales.

 

La coopération sino-africaine a longtemps été militaire. Et depuis le milieu des années 90, la Chine a multiplié sa coopération militaire avec les pays africains. Elle a, par exemple, conclu un accord militaire avec le Congo Brazzaville alors que des instructeurs chinois ont formé des militaires angolais.

Pékin a vendu du matériel mili­taire non seulement à Luanda, mais aussi, entre autres, à la République Centrafricaine, au Burkina Faso, au Tchad, au Libéria, au Sénégal et à la RDC à l'époque du défunt Laurent Désiré Kabila. Déjà dans les années 60 et 70, les Chinois avaient plusieurs mouvements de libération africains, se posant en rivale à la fois des Etats-Unis et du bloc soviétique. Ils ont aussi entretenu une politique d'aide au développement non négligeable avec des Etats africains      fraîchement indépendants.

 

Puis, les relations commer­ciales ont peu à peu pris le dessus. Cette coopération se fait sans états d'âme. En dehors du pragmatisme chinois qui séduit les régimes africains, la Chine et l'Afrique s'entendent bien sur beaucoup de questions. Elles sont par exemple d'accord pour consid­érer les droits de l'Homme comme une affaire intérieure à chaque État. Ainsi, la Chine a toujours cherché à bénéficier de l'appui des Africains au sein de la commission des droits de l'Homme de l'ONU chaque fois qu'elle est mise en accusation. En retour, elle a soutenu les demandes africaines en faveur de l'annulation de la dette et de l'augmentation de l'aide des pays riches.

 

Au cœur de la rivalité entre Pékin et Taipei

L'Afrique a été dans les années 80 un enjeu entre Pékin et l'île de Taiwan. En Afrique, une dizaine de pays avaient reconnu la République taiwanaise, l'Afrique du Sud étant son plus important partenaire. Les dirigeants sud-africains ont toutefois sacrifié, fin 1997,   ces importantes relations commerciales   au   profit   de   la reconnaissance diplomatique de Pékin. Un choix payant, puisque les relations commerciales sino sud africaines   ont connu une expansion foudroyante   depuis 1998.  L'Afrique du Sud a été suiv­ie par de nombreux pays comme le Sénégal et, récemment le Tchad.

 

Selon des chiffres chinois, la valeur totale des échanges entre la Chine et l'Afrique sub-saharienne a dépassé les 10 milliards en 2000 et 18,5 milliards en 2003 contre 817 millions de dollars en 1977. Cette avancée significative ne constitue qu'une part modeste (2,4 %), du commerce extérieur chinois. Les autorités chinoises considèrent qu'il existe ainsi un « potentiel immense » pour l'expan­sion des échanges avec le conti­nent.

 

La relance des relations économiques et commerciales a été marquée par un premier Forum de Coopération Chine-Afrique à Pékin en 2000 puis un second à Addis-Abeba (Ethiopie) en décembre 2003. Le plan d'Action adopté à la fin de cette deuxième réunion a défini les objectifs de la coopération sino-africaine pour 2004-2006 portant à la fois sur un soutien politique et économique dans le cadre du Nouveau partenariat pour t le développement économique de l'Afrique (Nepad). Pour marquer leurs ambitions de conquérir totalement l'Afrique, les dirigeants chinois n'hésitent plus à sillonner le continent avec des cadeaux et des propositions alléchantes de partenariat. Ainsi, le président chi­nois Hu Jintao a récemment visité de nombreux pays producteurs d'or noir du continent.

 

Un partenariat fructueux et varié

Pékin et l'Afrique noire multi­plient la signature de contrats commerciaux. A Libreville par exemple, le président Omar Bongo vient d'inaugurer le nouveau Sénat en face duquel sera construit, par la même entreprise chinoise, une futuriste Cité de l'Information. Des projets financés par la vente à Pékin du pétrole gabonais. A la veille du Sommet Afrique-France de décembre 2005, le Mali a con­fié aux Chinois les travaux d'a­grandissement du Palais des con­grès de Bamako (construction d'un centre de presse et d'autres blocs annexes) aux détriments des entreprises françaises.

 

Selon le Centre d'Etudes français sur la Chine contempo­raine (CCFC), « la société pétrolière Total-Gabon et le groupe chinois Sinopec (Chine Petroleum & Chemical Corporation) ont signé un contrat de vente de pétrole brut à la Chine d'un volume d'un million de tonnes pour l'année 2004. Ce qui fait de Pékin le troisième acheteur d'or noir gabonais, derrière les Etats-Unis et la France.

 

Le pétrole n'est pas la seule ressource du sous-sol africain convoité par Pékin. La Chine a besoin d'une énorme quantité de cuivre, de beaucoup de cuivre. Une véritable aubaine pour la Zambie dont la Copper Belt (cein­ture du cuivre) avait profondément souffert de la baisse des cours du cuivre, provoquant le licenciement de milliers de mineurs. Aujourd'hui, l'exploitation reprend et ce phénomène pourrait bénéfici­er à la RDC voisine et à la province du Shaba (ex-Katanga).

 

Le charbon sud-africain intéresse aussi les Chinois qui ont mis au point un carburant à base de charbon. Comme le notait un observateur français, « l'Afrique du Sud, qui concentre 25 % du PIB du continent noir, est le premier partenaire de la Chine en Afrique. A elle seule, elle représente 20 % des échanges entre l'Afrique et la Chine. Entre 2003 et 2004, le vol­ume des échanges commerciaux entre les deux pays a augmenté de 59 %. Les importations chinois­es ont cru de 60,9 % et les expor­tations vers la Chine de 65,5 % ».

 

Au Mozambique, les com­merçants chinois ont ouvert un supermarché où l'on ne vend que des produits de leur pays. Ceux-ci sont également disponibles à Johannesburg et, aujourd'hui, presque dans toutes les grandes villes africaines.

 

Une politique dénoncée par les humanitaires

La politique d'expansion com­merciale et géostratégique de la Chine n'est pas du goût de tout le monde. A commencer par les organisations humanitaires qui ont critiqué, à plusieurs reprises, la politique chinoise en Afrique, parti­culièrement les investissements pétroliers dans des pays qui ne respectent pas les droits humains, comme le Soudan. La Chine achète 50 % des exportations pétrolières de ce pays et Pékin s'oppose à l'application de sanc­tions contre le régime de Khartoum qui est accusé de viola­tions des droits humains et de responsabilité dans la grave situa­tion humanitaire qui atteint la province du Darfour.

 

Un rapport présenté à Washington par le Council on Foreign Relations (Conseil pour les affaires étrangères), une organisation qui se déclare non partisane, affirme que la Chine est l'un des plus grands acheteurs de pétrole produit par le Soudan et, en même temps, vend des armes au gouvernement de ce pays africain. Face à ces accusations, un porte-parole du ministère chi­nois des Affaires étrangères a répliqué que, « la Chine est un pays responsable qui n'a pas l'in­tention de répéter les prouesses des colonialistes occidentaux ».

 

Tout porte à croire que le tort de la Chine, c'est d'observer une politique de « non-intervention » dans les affaires internes des autres pays. Une politique naturellement contestée par les gouvernements occidentaux prompts à s'immiscer dans les affaires internes des autres, surtout dans leur pré carré africain.

 

 



Rédacteur(s): Moussa Bolly

 

 

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