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La décision de surseoir à la mesure de réajustement des prix n'est que temporaire. Les boulangers sont mécontents des prix pratiqués actuellement et réclament l'application de la grille officielle plus avantageuse pour eux. En bout de chaîne, le consommateur a quelques raisons de s'inquiéter
Qui voulait rouler qui dans la farine ?
Personne en fait mais la question mérite d'être posée car, la semaine dernière, des rumeurs persistantes annonçaient une prochaine augmentation du prix du pain dans le District de Bamako. La rumeur n'était pas fondée mais avait pris naissance sur une information exacte : le réajustement du prix du pain demandé par l'Alliance des boulangers de Bamako. L'organisation dirigée par Vincent Caravello réclamait un réajustement du prix de cession du pain dans les proportions définies par les pouvoirs publics.
Explication : depuis 2001, le gouvernement et le syndicat des boulangers avaient, de manière consensuelle, fixé le prix de la miche de 400 g à 230 Fcfa et de la baguette de 200 g à 115 Fcfa. Ces prix sont officiellement ceux qui doivent être pratiqués entre les boulangers et les détaillants. Ces derniers revendant le pain au consommateur à respectivement 250 et 125 Fcfa.
LA CONCURRENCE DÉLOYALE.
Mais, explique Vincent Caravello, l'augmentation effrénée du nombre de boulangeries a occasionné une concurrence sauvage dans le secteur. Rien que dans le district de Bamako, on dénombre 113 boulangeries. L'offre dépassant la demande, chaque boulanger a fini par fixer le prix de sa marchandise comme bon lui semble. Certaines boulangeries allant jusqu'à céder aux revendeurs le "gros pain" (la miche de 400 gr) à 190 Fcfa l'unité.
Cette situation a incité le doyen d'âge des boulangers de la capitale à contacter quelques boulangers de la place afin de circonscrire le dumping qui prédomine dans le secteur. C'est ainsi que l'Alliance des boulangers du Mali (ABM) a vu le jour. Elle ambitionne de régulariser la distribution et la vente du pain et de stabiliser son prix au niveau déterminé conjointement par le gouvernement, les syndicats et les consommateurs.
Avec la hausse du cours du brut, et l'augmentation du prix du sac de farine qui est passé de 13.000 à 15.000 Fcfa, ABM a invité les boulangers à amener les prix aux proportions définies de commun accord avec les pouvoirs publics, c'est-à-dire à augmenter éventuellement les prix destinés aux détaillants en exigeant de ceux-ci qu'ils respectent les accords et ne touchent pas aux tarifs appliqués aux consommateurs.
On perçoit bien où se situe la difficulté de l'opération : les intermédiaires sont priés de rogner sur leurs confortables marges bénéficiaires actuelles, des marges conquises, il faut le rappeler, en exploitant la concurrence entre les boulangers. De ce point de vue, les consommateurs avaient donc quelques raisons de redouter une hausse du prix du pain. Placés en bout de chaîne, ils courent le risque d'essuyer les plâtres de réajustements effectués en amont et sur lesquels ils n'ont guère de prise.
Caravello assure pourtant que le réaménagement ne devrait, en aucun cas, affecter le consommateur. Tout revendeur ou détaillant qui s'approvisionne directement à la boulangerie pour un achat minimum de 10 "gros pains" bénéficie d'une remise directe de 40 Fcfa. Pour un achat de 20 baguettes, la remise faite à l'intermédiaire est de 20 Fcfa. Au bout du compte, sa marge reste donc intéressante.
DES PRIX EN VIGUEURS DEPUIS 2001.
Abdramane Mallé, le gérant de la boulangerie Koumba au Badialan I, partage cette opinion. Les nouveaux prix, assure-t-il, ne constituent pas à proprement parler une augmentation. "Ce sont les mêmes prix en vigueur dans le secteur depuis toujours. Nous cédons le pain à 200 aux revendeurs qui à leur tour le liquident à 250 comme par le passé", précise Abdramane Mallé.
Son de cloche tout à fait opposé chez Sékou Touré, le gérant de la boulangerie MIG située également au Badialan I : "Depuis le 1er juillet, date de la fixation des prix, nous n'avons pas vendu une miche de pain. Ce sera la faillite de notre entreprise".
Le président de l'Alliance des boulangers du Mali n'est pas d'accord. Les véritables raisons de la faillite des entreprises de panification sont, soutient-il, à chercher dans la concurrence déloyale à laquelle se livrent les boulangers eux mêmes depuis bientôt cinq ans. "C'est parce que les textes sont violés par les boulangers eux-mêmes que, chaque année, 10 à 15 boulangeries ferment boutique", diagnostique-t-il. "Face à ce problème nous avons jugé nécessaire le réajustement des prix. Toutefois les prix à la consommation restent inchangés" précise encore Vincent Caravello. "Un promoteur de boulangerie fait de gros investissements, paie les taxes dues à l'État, le salaire de ses employés, achète des engins pour la distribution du pain. Lorsqu'il veut récupérer des centimes que la concurrence déloyale lui fait perdre, on crie au scandale. Ce n'est pas juste !" s'indigne Vincent Caravello.
UN REPLI TEMPORAIRE. Le président du Syndicat du patronat des boulangers du Mali, Habib Coulibaly, assure lui aussi que le changement de prix ne concerne pas les consommateurs. "Nous sommes d'accord avec le changement, mais il faut d'abord passer par la sensibilisation de tous les partenaires", explique-t-il. Les boulangers doivent s'unir sinon le secteur demeurera toujours confronté à la concurrence déloyale et rien ne pourra marcher, constate Habib Coulibaly qui a invité ses collègues au respect des dispositions tarifaires établies par les pouvoirs publics de concert avec les consommateurs et les promoteurs.
Le secrétaire général du Syndicat national des boulangers du Mali, Mamadou Lamine Haïdara, dément, lui aussi, toute augmentation du prix grand public du pain. Le réajustement demandé par ABM procède, de son point de vue, du processus de respect des dispositions réglementaires définies par l'État. Le promoteur, acteur principal de chaîne de panification, ne tirait jusque là que 15 Fcfa de bénéfice sur la baguette, le livreur gagnait de 15 à 20 Fcfa et le boutiquier empochait à lui seul 50 Fcfa, calcule Mamadou Lamine Haïdara en tirant la conclusion : "C'est inéquitable !".
Devant la confusion entraînée par la mesure de réajustement des prix demandé, le Syndicat du patronat des boulangers, le Syndicat national des boulangers du Mali et l'Alliance des boulangers du Mali ont décidé de surseoir à l'application de la mesure. Ils préviennent cependant que ce repli n'est que temporaire car la survie de nombre d'entreprises de panification est suspendue à ce réajustement.
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