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Entre vol et injustice


Saïd Aït-Hatrit

 

 

Jamais l'arbitrage n'a tant été au centre des polémiques lors d'une Coupe du Monde de football que cette année. Et comme souvent, les pays africains en ont le plus pâti. Sont-ils victimes d'une conjuration ou d'un a priori défavorable de la part des hommes en noir, en qualité de « petites nations » du ballon rond ? Les journalistes sportifs du continent interrogés par Afrique penchent pour la seconde hypothèse.

 

Chaque Coupe du Monde de football est l'occasion de critiquer l'arbitrage et celle qui se déroule actuellement en Allemagne ne fait pas exception. Au contraire, rarement les hommes en noir n'ont été aussi décriés. Penalty non sifflé sur l'Ivoirien Eboué lors de Côte d'Ivoire/Pays-Bas, faute dans la surface sur Adebayor oubliée lors de Togo/Suisse, expulsion prématurée du meilleur joueur tunisien, Ziad Jaziri, contre l'Ukraine, puis penalty imaginaire accordé à Chevtchenko... l'autre constante veut qu'à chaque Mondial, les erreurs les plus flagrantes sont commises contre et durant des matchs impliquant des équipes africaines. Joseph Sepp Blatter, le président de la Fédération internationale de football (Fifa), a lui-même concédé la semaine passée que « les Africains n'ont parfois pas été gâtés par l'arbitrage ». Henri Michel, le sélectionneur de la Côte d'Ivoire, avait déclaré au soir de l'élimination de son équipe avoir « le sentiment qu'on favorise plutôt les grandes nations que les petites ». Le président de la Fédération ivoirienne de football, Jacques Anouma, estimant sobrement que « les arbitres ne doivent pas donner des coups de pouce à certaines équipes (...) [qui] n'en n'ont pas besoin pour gagner ». L'ancien entraîneur de l'A J Auxerre, commentateur pour Canal + Horizon, s'est voulu plus direct. « J'attends de voir l'Angleterre ou l'Allemagne être privée d'un penalty de la même manière que les Eléphants (...) Comme c'est la Côte d'Ivoire, on ferme les yeux. C'est ça le Mondial. Tout est programmé par la Fifa. », avait-il lâché, soutenu par son collègue et sélectionneur de la RDC, Claude Leroy. Alors conjuration contre les équipes africaines ou a priori défavorable aux « petites équipes » ? Les journalistes sportifs africains donnent leur point de vue

 

 

 Togo, Augustin Anega, Global Sport


« Peut-être ont-ils eu des consignes pour protéger certaines équipes »

 

« Je trouve que l'arbitrage a été largement défavorable aux représentants africains, particulièrement aux jeunes Togolais. Le penalty non sifflé aux Eperviers contre la Suisse illustre bien cet état de fait. Si la faute avait été commise par un Togolais sur un Suisse, l'arbitre n'aurait pas hésité à donner un carton rouge et à siffler un penalty. Je pense que cela est systématique contre les équipes africaines. De l'autre côté, des coups de sifflets favorables aux pays susceptibles d'apporter beaucoup de fonds à la Fifa ont été donnés. Peut-être ont-ils eu des consignes, pour protéger certaines équipes. L'Allemagne a ainsi été favorisée contre l'Argentine, en demi-finales. De nombreux actes d'agressions ont été commis durant la première période sur les Argentins, notamment sur le meneur de jeu Riquelme. En revanche, il n'a pas fallu aux Argentins autant de fautes pour être sanctionnés par l'arbitre en seconde période. »

 

Tunisie, Wahid Smaoui, journaliste sportif, Le Quotidien


« Plus on avance, plus les enjeux sont énormes et plus les injustices sont flagrantes »

 

« D'après ce que j'ai vu, je peux dire que ce ne sont pas seulement les équipes africaines qui ont été lésées par l'arbitrage, mais toutes celles dîtes du Tiers-monde, d'Amérique latine... On voit que quelque chose cloche, on ne peut pas toujours invoquer des erreurs de jugement lorsque celles-ci sont aussi criantes. Il y a des enjeux sous-jacents, économiques, politiques... Je pense notamment au match Togo/Suisse, à Côte d'Ivoire/Pays-Bas ou à Tunisie/Ukraine, un match couperet à élimination directe. Le fait que des arbitres qui ont commis des erreurs continuent à officier prouve qu'ils bénéficient de protection. Je pense surtout à cet arbitre de Togo/Suisse. Même celui qui a officié durant Espagne/Tunisie a continué par la suite. Il n'a pas fait de grosses erreurs mais des petites, qui, cumulées, ont énervé les joueurs tunisiens. Les gens ici étaient beaucoup plus énervés par la petite prestation des nôtres, qui n'ont pas osé, même s'ils en avaient aussi contre l'arbitrage. C'est tout le système qui est à revoir et je suis personnellement pessimiste. Plus on avance, plus les enjeux sont énormes et plus les injustices sont flagrantes. »

 

Côte d'Ivoire, Alphonse Boolamou, rédacteur en chef Stades d'Afrique


« Les équipes africaines ont progressé, il ne faut pas nous arbitrer ainsi »

 

« Je suis heureux que des voix autorisées comme celle du mythique entraîneur français Guy Roux se soient élevées contre ce que ce dernier a appelé une mafia contre le football africain. Si le penalty flagrant sur Eboué avait été sifflé contre les Pays-Bas, le match aurait été tout autre. Mais en même temps je ne veux pas faire d'exclusive, car certains arbitres ont volé très bas. Des équipes ont pu tirer leur épingle du jeu, mais jamais une sélection africaine. Le président de la Fifa, Joseph Sepp Blatter, a lui-même dit que l'arbitrage a été néfaste à certaines équipes africaines. C'est tout à son honneur de l'avoir admis et se serait lui faire un faux procès que de lui imputer tous les maux qui touchent la Fédération internationale. Tout le monde a vu que les équipes africaines ont fait des progrès, que ses joueurs évoluent dans de grands clubs européens et qu'elles ne subissent plus de scores fleuves, comme le 9-0 que le Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo, ndlr) a encaissé contre la Yougoslavie en 1974. Mais ce n'est pas en nous arbitrant ainsi que nous allons accéder aux premières places du football mondial. »

 

Togo, Ambroise Alevor, journaliste sportif, de retour d'Allemagne, Togo Presse


« Les arbitres se voulaient la 33ème équipe du Mondial mais... »

 

« Ce ne sont pas forcément les équipes africaines qui ont été lésées. L'image qui m'est restée est celle de l'Italie en huitièmes de finale contre l'Australie. Il est impensable que la victoire leur soit donnée sur cette action de jeu (un penalty sifflé sur Grosso à la 93è minute). Quant au penalty sur Adebayor, tout le monde a été unanime pour dire qu'il y était. Ce n'est pas à moi de revenir là-dessus. Nous avons rencontré les arbitres à Francfort et ils nous ont dit qu'ils étaient la 33e équipe de ce Mondial, et qu'ils souhaitaient que le jeu soit beau. Maintenant, ils ont peut-être rencontré d'autres personnes en coulisses et je ne sais pas ce qui aurait pu être dit. »

 

Tunisie, Hamadi Taarki, responsable des sports, Le Temps


« Les instructions visant à protéger les attaquants ont été mal comprises »

 

« Les pays africains ont gravement été lésés par l'arbitrage. Cela a empiré par rapport aux années précédentes. D'une manière générale, les arbitres ont été trop stricts avec les nouvelles directives visant à sauvegarder l'intégrité physique des attaquants. Il y a eu de l'abus... de l'incompréhension. Les consignes ont mal été comprises. Au moindre tacle qui nécessitait effectivement une remontrance verbale, le jaune ou le rouge était sorti. La majorité des matchs étaient d'ailleurs hachés, le sommet ayant été atteint avec le fameux Portugal/Pays-Bas. Sur certains matchs, les joueurs aussi n'étaient pas exempts de critiques, mais je pense que l'arbitrage a contribué à ce qu'ils soient à fleur de peau. »



Rédacteur(s): Saïd Aït-Hatrit

 

 

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