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2004-04-28, 18:52:44
   
Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille applaudit à grand cri» es mots du poète seront donc éternels ! Plus que tout l'or du roi Salomon, l'enfant est un trésor. On en veut pour preuve que le retour de l'enfant prodige est fêté avec faste par les siens. Et lorsque l'enfant disparaît, le cercle de famille pleure à chaudes larmes. Ces derniers temps de nombreuses familles aussi bien à Bamako qu'ailleurs ont sombré dans le deuil à cause de la disparition de leurs progénitures. Ils ont fait le grand voyage sans retour puis, brusquement, un beau matin, leur corps a été retrouvé quelque part dans le lit du fleuve ou en bordure de la forêt. Atrocement mutilé, le corps de ces enfants a été sacrifié sur l'autel de la cupidité humaine.

Coïncidence ou risque bien calculé, le phénomène des sacrifices humains refait surface à l'approche de chaque élection. L'opinion a alors vite fait d'en attribuer la responsabilité aux hommes politiques.

Ceux-ci n'hésiteraient pas à marcher sur le cadavre de leurs semblables et, pire, sur celui de leurs enfants et de leurs femmes, pour devenir conseillers, maires, députés et même présidents de la République.

C'est vrai que même dans un pays musulman, chaque Malien a son marabout ou presque et qu'on n'entreprend rien ici sans aller voir son charlatan, le jeteur de cauris du coin, soit pour conjurer le mauvais sort ou, en tout cas, avoir une position enviable. On est à l'approche des élections communales et il y a fort à parier que les différents candidats des différents partis politiques ont sillonné la brousse pour barrer la route à leurs adversaires en vue de se faire une place au soleil dans la commune.

Mais de là à dire que les hommes politiques sont responsables au premier chef des disparitions mystérieuses et des assassinats d'enfants, il n'y a qu'un pas que d'aucuns ont franchi allègrement.

Récemment, le ministère de la sécurité intérieure et de la protection civile a publié par voie de presse les résultats des enquêtes policières diligentées pour retrouver les auteurs de la série d'assassinats ignobles commis à Bamako et dans d'autres localités du pays. II ressort de cet article que la plupart des criminels ont été appréhendés et mis sous les verrous. Pour les autres cas les enquêtes continuent
et désormais l'accent sera mis sur la prévention par la surveillance discrète des lieux à haut risque comme les écoles et les berges du fleuve Niger.

De quoi rassurer les paisibles populations quant à l'efficacité de la police nationale mais il fallait y penser plus tôt en comblant le déficit de communication au niveau de la hiérarchie policière. En tout cas, c'est bien fait pour nos Marc Dutroux, nos Jacque l'Eventreur, nos Dracula et autres Frankenstein.

Dans certains cas les politiciens se mettent, certes, sur les traces de Mephisto mais vont-ils jusqu'à ôter la vie de leur semblable pour un pouvoir purement temporel et
pour des honneurs qui ne durent que le temps d'une rose ? II y a d'abord que la perspective d'être voué aux flammes éternelles de l'enfer, empêche plus d'un de franchir le rubicon Quoiqu'on dise, nous sommes dans un pays musulman où l'on croit fermement à l'existence d'un Dieu tout puissant.

En tout cas, en ce qui concerne l'écrasante majorité de la population. Mais il y a aussi des épicuriens qui ne cherchent qu'à se faire plaisir sur terre. Et bonjour les dégâts !

Ils ne reculent devant aucun obstacle pour assouvir leur soif inextinguible de l'argent.

C'est pourquoi les assassinats commis ces derniers temps sont des crimes purement crapuleux et à de rares exceptions, des vendetta à la sicilienne sur fond de trahison sentimentale. Pourquoi mutilent-ils le corps de leur victime ? C'est sur injonction des marabouts et des charlatans qui sont devenus ces derniers temps de vrais pousse au crime. Ils vous envoient dans un cimetière en pleine nuit pour enlever le linceul d'un mort, ou amener certains organes d'un être humain pour que vos rêves deviennent réalité. Or, il n'en est rien. Les fils de Satan succombent tout simplement à la tentation. De ce sinistre butin, ils s'en serviront pour arroser le «boli» ou fabriquer des potions et des amulettes qui assureront protection, bonheur et prospérité mais surtout une immense richesse.

De «boli», parlons-en. Fakoly est parti à la Mecque. II en a ramené un tas de fétiches mais ce n'était pas pour commettre des crimes. II avait surtout le goût de la puissance, l'amour de la connaissance et le désir d'être craint. Dans la société chacun à sa manière de se mettre en valeur et de tenir son rôle. Fakoly a merveilleusement accompli le sien en aidant Soundjata à combattre le roi sorcier Soumangourou Kanté. Tous ceux qui sont de sa lignée sont censés aujourd'hui incarner la puissance des fétiches. Mais ils ne sont pas les seuls détenteurs des sciences occultes. Les «somas» pillulent aujourd'hui dans le pays comme des termites dans une termitière. D'aucuns parlent de «Kontron» et de «Sané» pour les chasseurs, d'autres de «diafrin» pour les somas. Le «diafrin», paraîtil, procure la fortune en drainant les foules vers son détenteur. Selon des sources concordantes son acquisition se fait en Guinée à un prix qui varie entre 500 000 et un million de francs CFA.

Mais ce «boli» n'est pas friand de sang et d'organes humains. Pour lui rendre grâce en vertu de ses éternels bienfaits, le maître du «diafrin» organise chaque année une grande fête à laquelle il invite les membres de la confrérie pour tuer des moutons, des boeufs, des chèvres, manger avec bombance, danser au son du «donso n'koni». Cette fête, seule, suffit pour recevoir les faveurs ou, en tout cas, pour ne pas encourir les courroux de ce puissant fétiche aussi généreux qu'impitoyable.

Dès lors on n'a plus besoin de faire des sacrifices humains car les «somas» n'en font pas. Ils sont là pour aider les gens à résoudre leurs problèmes même si les méthodes employées sont souvent peu orthodoxes. De toutes façons les offrendes d'organes humains ne font pas partie de nos coutumes. Elles sont purement d'importation forestière et si quelques Maliens égarés s'y adonnent, cela prouve tout simplement la puissance de Lucifer. Mais ils ne l'emporteront pas en paradis.

Car aucun motif ne peut expliquer le rapt et l'assassinat d'un innocent. Les malfrats doivent changer de job parce que la police malienne est d'une efficacité redoutable.

Depuis le régime de Moussa Traoré, elle a toujours réussi à mettre le grappin sur tous les auteurs d'assassinats crapuleux (Cotton club, station Arc-en-ciel, les coupeurs de tête de Ségou etc). Aujourd'hui elle continue sur sa lancée en chassant et traquant les assassins d'enfants. Mais dans leur quête de la vérité, les policiers doivent remonter jusqu'aux véritables commanditaires de ces crimes. Ceux-là mêmes qui se servent des saintes écritures pour pousser leurs semblables à commettre l'irréparable.

Rédacteur(s): Mamadou L. Doumbia

 

 

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