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La «marche du coton», le forum sur «Ia fibre africaine», te coton africain est plus que jamais au centre des préoccupations des altermondialistes qui veuIent faire de Bamako le point de départ du combat, qu'ils mènent pour que «l'Afrique puisse s'approprier ses matières premières».

José Bové, Djibril Tamsir Niane, Aminata Dramane Traoré, les frères Touré Kunda... Tous étaient à Bamako, ce samedi 28 février à 9 heures sur la place de Liberté, en compagnie d'un millier d'anonymes pour entamer la marche du coton. Les banderoles déployées en disaient long sur la volonté des altermondialistes d'en découdre avec le système néo-libéral. «Marché international = injustices sociaIes = violences économiques», «Producteurs de coton, unissons nos forces pour défendre notre or blanc», «la fibre africaine, espace d'interpellation et de dénonciation du système néo-libéral», pouvait-on lire. La marche qui s'est déroulée sur près de deux kilomètres entre la place de la Liberté et le Stade omnisports Modibo Kéïta, avec des slogans «citoyens du monde, soyons vigilants» a été couronnée par les allocutions des principaux organisateurs.

L'ex-ministre de la Culture du Mali, Aminata Dramane Traoré, présidente du Forum pour l'autre Mali et de l'Initiative Africaine pour l'éthique et esthétique (IAEE) n'a pas manqué de mots pour qualifier le ,système néo-libéral de «système odieux et cynique» contre lequel la résistance devient un devoir: Pour elle, la particularité de ce système qui démantèle les formes d'organisation sociale, de production et de distribution est: d'isoler les produits comme c'est le cas aujourd'hui avec le coton dont on veut sceller le sort sans les producteurs et les consommateurs. «L'histoire de l'Afrique par rapport au coton est une histoire de sueur et de sang. Depuis l'esclavage, le coton n'a pas tellement porté honneur à l'Afrique, chaque fois qu'il s'est agi des rapports avec l'extérieur», a déclaré Aminata Dramane Traoré.

Transformer sur place le coton africain
Le coton est aujourd'hui au coeur du débat après l'échec des négociations commerciales de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Cancún en septembre dernier où les pays africains avaient demandé en vain la suppression des subventions faites par les pays riches à leurs producteurs. En effet, ces subventions entraînent la surproduction dans les pays riches (Etats-Unis, Union Européenne) et font chuter les cours de l'or blanc sur le marché international. Les pays producteurs de l'Afrique dont le coton assure 30 à 50 % des recettes d'exportation subissent des pertes énormes au niveau de leurs économies. Et paradoxalement, l'Afrique, qui est le 3e exportateur mondial, ne transforme que 5 % du million de tonnes de coton fibre qu'elle produit chaque année. L'échec de Cancún a amené les pays africains à s'orienter vers la transformation de leur coton pour créer plus de valeur ajoutée et éviter les tracasseries du marché international. Ce que réclame aussi Aminata Dramane Traoré lorsqu'elle affirme que les Africains doivent «essayer de s'approprier le coton». «Nous voulons être vêtus de dignité, d'humanité, nous ne voulons plus vivre nus parce que dépossédée par les riches» a-t-elle clamé.

José Bové, leader de la Confédération paysanne en France voit dans le rendez-vous de Bamako une rencontre capitale. Raison pour laquelle, il a boudé le salon de l'Agriculture à Paris, ouvert ce même 28 février, pour être avec les amis africains. Plutôt que de rester à Paris et regarder le Président Chirac traverser le Salon. «C'est une rencontre très importante, parce que pour moi, elle symbolise la nouvelle résistance du continent africain face à la mondialisation, face à la logique néo-libérale, face au système capitaliste», a-t-il déclaré. José Bové n'a pas manqué de faire un parallèle entre la! rencontre de Bamako et la lutte d'indépendance de l'Inde, il y a 60 ans, qui a été symbolisée par le coton. Le peuple indien s'est libéré du joug colonial anglais par une résistance qui, à un moment, a constitué à brûler le tissu venant, de la métropole, et en filant du coton produit sur place pour s'habiller.

Coup d'envoi de la lutte
«Cette rencontre sur la fibre africaine représente le coup d'envoi d'une nouvelle lutte de libération non pas contre un pays colonisateur Mais contre un système qui colonise à la fois nos économies, nos dettes, le système social et nos vies. Alors, aujourd'hui, nous sommes là pour dire que l’Organisation mondiale du commerce sorte de nos vies», a expliqué le leader paysan avant de conclure que le combat qui vient de commencer à Bamako va se développer sur toute la planète.

L'historien Guinéen, Djibril Tamsir Niane, ne dira pas le contraire. Le combat du coton, c'est le prélude à la grande bataille généralisée que l'Afrique va mener pour toutes ses matières premières. «Il ne s'agit pas pour nous d'obtenir simplement un meilleur prix de notre coton sur le marché international mais de nous approprier de nos matières premières. Penser à les transformer sur place, penser à utiliser notre coton comme par le passé, depuis le cardage, le filage, le tissage, la teinture... tout cela peut produire des effets induits et multiplier le nombre de travailleurs. C'est cela qui est la finalité», a soutenu, l'historien.

Les délégués venus du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d'Ivoire, du Sénégal et du Tchad ont tous mis en cause l'iniquité du commerce mondial, fustigé le système néo-libéral qui maintient l’Afrique sous la domination des grandes puissances.

Entre le leader paysan José Bové, l'historien Djibril Tamsir Niane, la sociologue Aminata Dramane Traoré et les musiciens Touré Kunda, un seul dénominateur commun: le Forum Social Africain (FSA) expression régionale du Forum Social Mondial (FSM) qui est un mouvement global né il y a quatre ans dont la première manifestation s'est déroulée à Porto, Allègre au Brésil.

La marche du coton de Bamako qui débouche sur «la fibre africaine, forum sur le Coton africain» du 1er au 4 mars, est la troisième rencontre du FSA : la première s'est tenue à Bamako en janvier 2002 et la deuxième à Addis-Abeba, en Ethiopie, en janvier 2003. Ces rencontres prouvent à suffisance que le mouvement altermondialiste, gagne du terrain en Afrique, comme d'ailleurs partout dans le monde.

Rédacteur(s): Fousséni Traoré

 

 

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