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Jamais sous le mandat de ATT, pareille marche n’a été autant suivie. Ils étaient plusieurs dizaines de milliers de personnes à prendre part à la manifestation contre le nouveau code des personnes et de la Famille. Si l’on ne déplore qu’un incident mineur (le véhicule d’un député abimé), les manifestants n’ont pas manqué de semer à tout vent quelques signaux annonciateurs d’un lendemain incertain.
Suite au vote du nouveau code de la famille, le Haut Conseil Islamique et les différentes associations d’obédience musulmane ont organisé samedi dernier une grande marche de protestation pour signifier leur désaccord à la nouvelle législation.
C’est à partir de 16 H 30 que les manifestants se sont regroupés à la bourse de travail pour une marche qui les a conduits au Monument de la Paix. Ils étaient plusieurs dizaines de milliers d’hommes, de femmes et surtout de jeunes à prendre part à la marche. Et fait insolite, on notait la présence de manifestants de confession non musulmane et même de non-pratiquants. Les membres des associations islamiques et les musulmans composaient cependant le gros de la troupe. Pour une démonstration de force, cette manif en fut une.
C’est au cri de « Allahou Akabr » (Dieu est Grand) et de propos particulièrement hostiles aux députés lesquels ont récemment voté ladite loi, que les manifestants ont progressé. On pouvait en outre lire sur des pancartes des écriteaux de même nature et surtout interpellateurs (voir photos) : « Honorables députés, vous avez trahi la communauté musulmane du Mali» ; « Non au nouveau code de la famille… A bas les députés qui ont voté ce code. Vive l’Islam » ; «Non au code satanique, féministe et libertin. Nos valeurs ancestrales et religieuses nous suffisent » ; « Honorables députés, à quoi sert la prime de restitution ? » ; «Oui à nos valeurs sociétales et religieuses. Non à un code de la trahison et de la provocation»…
La nouvelle législation de l’avis des organisateurs de la marche et des manifestants, est un code « déviationniste et satanique qui fait la honte du Mali, un pays de traditions». Prenant la parole, devant une foule visiblement hardie et attentive, Modibo Sangaré, un des organisateurs de la marche, dira qu’il n’est pas question de laisser une minorité de concitoyens imposer leur volonté à tout un peuple. Il a rappelé que les anciens présidents de la République se sont abstenus de aventurés sur ce chantier.
Le Mali, poursuit-il, n’est pas la propriété d’une personne ou de quelques individus, mais de tous les Maliens. « Nous sommes prêts à aller au-delà d’une simple manifestation pour défendre les Lois du Tout puissant Allah et nos valeurs sociétales… J’invite tous les Maliens à sortir massivement le samedi prochain, premier jour de Ramadan pour dénoncer ce code pervers», a-t-il conclu.
Quant à la présidente de l’Association des Femmes Musulmanes, Madame Hadja Safiatou Dembélé, elle a sereinement invité les autorités maliennes à réviser ce code afin de mieux l’adapter au contexte malien.
On déplore un incident à l’issue de la manifestation. Un véhicule Mercedes appartenant à un député, c’est du moins ce qu’auraient pensé certains manifestants, a eu le pare-brise endommagé par les marcheurs. Le conducteur aurait tenté de forcer le passage. On ne signale aucun autre incident.
Une chose est sûre : ces marcheurs étaient décidés. En marge de la manifestation, nous avions fait quelques observations anodines, mais très instructives.
Ces signes qui inquiètent
L’itinéraire des marcheurs les a amené à longer certains services et structures militaires, à savoir le bataillon du génie militaire, l’intendance militaire, la Direction de l’information et des Relations publiques de l’Armée (DIRPA) et le Foyer de l’Air. Des soldats étaient présents à ces endroits, certainement pour des raisons de sécurité. Les manifestants au passage, lançaient des propos très désobligeants à l’endroit du régime et du Président de la République et s’appliquaient à ce que les militaires les entendent clairement.
- Les passants dans leurs véhicules ou à motos faisaient des gestes de sympathie à l’endroit des marcheurs. « Allez-y, vous avez raison ! Nous sommes avec vous ! »
- Sur une partie de l’itinéraire, des familles ont mis à la disposition des marcheurs, des sachets d’eau fraîches afin qu’ils étanchent leur soif.
Ces détails rappelleront certainement des souvenirs à ceux qui ont encore en mémoire les événements qui ont marqué l’histoire du Mali de 1977 à 1991. Que la sagesse soit ! |