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Tout semble indiquer que le prochain président des Etats-Unis sera le candidat du Parti démocrate, le sénateur de l'Illinois Barack Obama. Les sondages le donnent vainqueur haut la main. Ijes bookmakers ont arrêté de prendre des paris. Même les Etats traditionnellement républicains le soutiennent. Pendant ce temps, la campagne dupard adverse tourne à l'eau de boudin. Sarah Palin, la candidate républicaine à la vice-présidence, inspire davantage de pitié que de crainte.

 

 

A un battement de cœur de la présidence, elle serait bien capable de traîner son fatras d'ignorance et d'incohérence jusqu'à la Maison Blanche. Tout récemment, elle s'est prononcée d'un même souffle en faveur d'une réduction d'impôts et d'une augmentation du budget de l'armée. Quant à ses compétences en politique étrangère, elles ne vont guère plus loin que la ligne d'horizon de l'Alaska. John McCain ne fait pas meilleure figure. Longtemps respecté pour ses positions indépendantes au Sé­nat, il a dû se compromettre pour gagner le vote ultraconservateur, sacrifiant ainsi le vote indépendant qui lui aurait pourtant assuré la victoire. Pris entre deux feux, il s'est vu contraint d'abandonner ses résolutions les plus intéressantes : ainsi, son projet de loi sur l'immigration a été noyé sous des déclarations extrémistes qui allaient dans le sens d'un racisme primaire.

 

Dans les meetings républicains, Obama est traité de "socialiste", d' "arabe", de "musulman", au point que McCain lui-même s'est senti obligé de voler à son secours - avant de l'accuser de complaisances en­vers des prédicateurs délirants et de dangereux terroristes. Ces minables attaques n'ont eu d'autre effet que d'afficher au grand jour l'incohérence et les maladres­ses de McCain dans tous les domai­nes : il suffit de mentionner son bel­licisme contre l'Irak, son choix de Sarah Palin, ou sa diabolisation d'un allié majeur des Etats-Unis, l'Espa­gnol José Luis Zapatcro. Obama, quant à lui, profite des dé­bats télévisés pour opposer un fin sourire aux trépignements de McCain et lui lancer quelques pi­ques au passage. On croirait voir réunis sur une même table un bloc de gélatine (McCain) et une pomme (Obama). Mais le vote en faveur de la pomme suscite encore des réti­cences parmi de nombreux élec­teurs qui, sans être racistes, écar­tent Obama au prétexte qu'il est "très jeune" (Kennedy l'était plus encore), qu'il "manque d'expérience" (Lincoln en avait encore moins), qu'il est "éli-tiste" (il a pourtant renoncé à une brillante carrière d'avocat pour de­venir travailleur social). Toujours est-il que le prochain prési­dent américain se trouvera con­fronté à une tâche difficile, sûrement la plus difficile depuis l'élection de  Franklin Roosevelt en 1932, en pleine dépression.

 

On a vu comment l'idéologie bushiste, qui veut que le marché s'autorégule avec un minimum d'intervention de l'Etat, a finalement abouti à une recapitalisation de plusieurs milliards de dollars des principales banques américaines. Le nouveau président devra renforcer le rôle économique de l'Etat, augmenter les impôts, étendre les dépenses publiques et appliquer une politique de redistribution à grande échelle. Le chômage augmente. Les revenus diminuent. L'abîme qui sépare les riches des pauvres se creuse chaque jour davantage.

 

La classe moyenne s'enfonce lentement dans la pauvreté, tandis que les tensions s'installent entre ceux qui ont à peine de quoi assurer leurs frais d'éducation et de santé, et ceux qui empochent des primes indécentes et autres parachutes dorés. Bientôt les étudiants quitteront les amphithéâtres pour venir grossir le nombre de chômeurs. Je vois déjà plusieurs de mes élèves, qui autrefois seraient passés directement de l'université à Wall Street, se rabattre sur de modestes carrières. Je ne sous-estime pas les capacités de la société américaine à rebon­dir.

 

Mais il est aujourd'hui urgent de faire une croix sur la spécula­tion financière pour se consacrer plutôt à moderniser les infrastruc­tures nationales. La détérioration des barrages, des réseaux ferro­viaires, des espaces publics et des écoles - sans parler de l'absence de sécurité sociale et de retraites décentes - est affligeante, surtout par comparaison avec l'Europe. On répète souvent que les citoyens du monde entier devraient avoir leur mot à dire dans l'élection du président des Etats-Unis, parce que les décisions qu'il ou elle pren­dra nous concernent tous. Certes, c'est aux électeurs américains qu'il revient de décider qui est le plus apte à résoudre les problèmes urgents que je viens d'évoquer. Mais, de fait, seul un étranger est capa­ble de faire basculer les élections. Il s'appelle Oussama Ben Laden. Un acte terroriste de sa part pourrait changer la donne. Car ce qu'Oussama redoute le plus, c'est un Obama qui le prive de ses arguments.



Rédacteur(s): Source: Le Monde

 

 

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