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  TF1
JT 13h - JT 20h
 

 
 
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MAIGA BONCANA
ARTISTE, MUSICIEN, PRODUCTEUR, ARRANGEUR, PRESENTATEUR DE TELEVISION
2009-06-01
 

Boncana Maiga, le maestro, n’est plus à présenter. Pour nos internautes, nous revenons ici avec lui, sur sa riche carrière. Interview.

 

Malikounda : Qui est au juste Boncana Maiga ?

Boncana Maiga : Je suis artiste, musicien, producteur, arrangeur, présentateur de télévision. Je suis dans ce secteur il y a environs 40 ans.

 

Malikounda : Pouvez-vous nous parler de votre carrière musicale ?

B. M : Ma carrière musicale est très riche. Elle a démarré, il y a très longtemps. Je faisais la musique avant même d'aller à Cuba. Un jour, j’ai appris que j’étais sélectionné pour aller apprendre la musique dans cette île. Bien sûr, j’étais content, mais mes parents n’étaient pas du tout dans les mêmes dispositions, car je suis l'unique garçon de la famille. Ma mère n’avait jamais souhaité que je fasse de la musique. Finalement, ça s’est arrangé. Je suis parti à Cuba pour dix ans. J’y ai appris la musique, au vrai sens du mot. Je suis donc licencié en musique. Je joue de la guitare, du piano et plusieurs autres instruments. Avant de finir mes études, j’ai créé un orchestre à Cuba, « les Merveilles du Mali » avec les autres étudiants maliens en musique. Je jouais beaucoup de rôles dans cet orchestre, notamment comme compositeur et arrangeur.

 

Lorsque je suis retourné au Mali, les autorités maliennes de l’époque n’avaient pas compris ce que nous voulions faire. Je tenais à montrer, que ça soit au Mali ou ailleurs, ce que j’avais appris à Cuba. C’est ainsi que je me suis orienté vers la Côte d’Ivoire qui m’a ouvert les bras, qui m’a accueilli.

 

J’ai travaillé dans ce pays pendant une vingtaine d’années. J’étais professeur de musique au Conservatoire. Parallèlement, j’ai créé l’Orchestre de la télévision de la Côte d'Ivoire. J'ai également formé des musiciens, avant de commencer à faire des disques. A défaut de l’orchestre du Mali, j’ai créé un orchestre en Côte d’Ivoire, qui a eu connu un grand succès. Il faut reconnaître que cet orchestre a formé tous les grands artistes ivoiriens à commencer par Aïcha Koné, Nayanka Belle, Gadji Cely et j’en passe. Il faut dire aussi que je donnais beaucoup et que je ne recevais pas trop. C’est ainsi que j’ai décidé de partir en France, en 1988. C’était pour prendre contact avec d’autres formes de musique.

 

En me frottant à d’autres musiciens, j’avais compris que j’avais des dons pour les arrangements musicaux. J’ai finalement abandonné la scène pour m’occuper de cela. J’ai travaillé avec Alpha Blondy à partir de 1990, et nous n'avons eu que des albums à succès. Je suis resté très longtemps en France, près de 17 ans. Maintenant, je suis de retour au Mali.

 

Je fais de la musique vidéo et de la musique audio. Je fais beaucoup d’autres choses, comme l’organisation des événements, des spectacles. Disons que je suis un homme orchestre et que j'ai pu exploiter dans ma vie tout ce que j'ai appris à Cuba. Finalement, j’ai fini par la télévision. Ça fait bientôt dix ans que j’anime sur TV5 l'émission Stars Parade. Avant, c’était sur Canal France International (CFI-TV).

 

 

Malikounda : Justement à propos de Stars Parade de TV5, comment êtes-vous venu à l’émission ?

 

B. M. : A la création de CFI-TV, j’ai simplement dit aux dirigeants d’alors que c’était bien d'avoir une télévision, mais que la musique africaine n’était pas représentée sur la Chaîne. Je suis allé voir les dirigeants, pas en tant qu’animateur mais, en tant que musicien, présentateur de musique. Il s’agissait de donner l’opportunité aux musiciens africains de pouvoir s’exprimer sur une TV. Aujourd'hui, tous les musiciens en ont bénéficié. C’est le contrat qui me lie à TV5 et à Canal France International. Il y a plus de 200 pays qui reçoivent TV5 et des millions de téléspectateurs qui la regardent par jour. Cela veut dire que celui qui passe sur TV5 dans Stars Parade est vu dans le monde entier.

 

J’en suis très heureux parce que les responsables de TV5 et CFI sont eux aussi très contents que l'émission soit très suivie à travers le monde. On peut dire qu'elle est bien installée. Il y a près d’une cinquantaine de chaînes en Afrique qui reprennent cette émission. C’est comme ça que je suis entré dans cette maison. Je me sens utile en train de diriger des orchestres, de faire des arrangements ou de donner l’opportunité aux musiciens de s’exprimer sur une chaîne.

 

Un musicien qui travaille ici ne peut pas se lever comme ça et dire : je veux parler sur TV5. On lui dira toujours : il faut passer par Stars Parade. C’est un créneau que nous donnons aux musiciens africains. Aujourd'hui, cette émission est tellement installée que nous recevons des invitations de partout. Nous couvrons tous les festivals sur le Continent. Nous avons reçu récemment une invitation de la Namibie, pour y faire une spéciale. Cela veut dire que l’émission est bien suivie dans le monde entier.

 

Malikounda : Depuis plus d’une année, une nouvelle émission passe sur les ondes de l’ORTM intitulée « Tounka Gouna ». Parlez nous un peu de cette émission?

 

B. M. : Je suis arrivé au Mali en 2004 pour essayer de poser musicalement ma pierre à la tenue du sommet des Etats Sahélo-Sahariens, Cen-sad qui a eu lieu ici. Ensuite je suis revenu une 2è fois sur invitation de Tiébilé Dramé, c’était à l’occasion de France-Afrique. C’est comme ça que tout est parti. Un jour, en regardant la télé nationale, je me suis dit pourquoi on ne voit pas que des clips, pas le « live », alors que je suis musicien ? Des années durant j’étais en dehors du Mali, où j’ai vendu l’image du Mali comme je peux. Aujourd’hui, je reviens avec l’expérience acquise de 40 ans de travail. J’ai réfléchi et j’ai pu trouver une formule qui a répondu à mes préoccupations et qui a plu aux publics ça été l’émission « Tounka Gouna ».

 

Malikounda : Est-ce que l’émission va continuer ?

 

B. M : Oui, sa va continuer. Pour le moment on est en train de présenter le best-of, qui va prendre le moi de mai, juin et ensuite le casting. Pour cette 2è édition, on a à peu près 1000 demandes. Je vous dis que Tounka-Gouna m’a permis de déceler les valeurs des jeunes artistes de la musique malienne. Tous le temps, j’en découvre !

 

Malikounda : Quels prix pour le lauréat ?

 

B. M : La lauréate de Touka-Gouna aura tout pour le suivi, tout ce qu’il faut. Parce qu’on va lui faire des disques. (Djeneba Kouyaté) aura une année de promotion sur les antennes de la radio et la télé nationale du Mali. D’ailleurs, elle vient de chanter avec des artistes espagnols ici à Bamako. Djeneba et Drissa Sidibé (2è) seront produit et vont bénéficier de la formation musicale et d’une tournée nationale avec l’aide des partenaires.

 

Malikounda : Est-ce que Boncana s’installe définitivement au Mali ?

 

B. M : Oui je m’installe définitivement en apportant mon expérience dans tous les domaines que je sais faire. J’ai la chance d’être musicien, arrangeur, présentateur de télévision et de pourvoir parler français. Toutes ces expériences acquises amenées des pays. Dieu merci avec le studio que j’ai avec tant de camera et avec l’aide des partenaires, nous pourrions faire des belles choses pour les artistes maliens qui ont besoins qu’on leur vienne en aide sur tous les plans.

 

Malikounda : Quelles sont vos ambitions pour les artistes?

 

B. M. : Je reviens au Mali avec beaucoup d’expérience dans le domaine musical, de l’enseignement, de l’audio-visuel, du spectacle. Je suis ouvert à toutes sortes de propositions. Je suis là pour apporter à tous l'expérience que j’ai amassé pendant des années, que ce soit dans le domaine discographique, audiovisuel, de l’arrangement, etc. Mon ambition, c’est de pouvoir donner un coup de pouce à la musique malienne et à l’art d’une manière générale.

 

Malikounda : Comment vous voyez la musique malienne ?

 

B. M. : La musique malienne a beaucoup évolué. La preuve, c’est qu’il n’y a pas un festival en Europe où on ne fait pas appel à au moins un artiste malien. Toutefois, je regrette qu’il y ait beaucoup d’imitations de musiques qui viennent d'ailleurs. Il n’y a pas de recherche approfondie. La jeune génération a besoin de s’exprimer autrement. L’Europe nous accepte tels que nous sommes, avec notre musique et notre sensibilité. C’est le cas de feu Ali Farka Touré, Toumanie Diabaté et de beaucoup d’autres.

 

Vous savez au Mali, il y a une grande diversité musicale. J’ai dit aux jeunes qu’il ne faut pas qu’ils sombrent dans l’imitation musicale. Je m’explique : en Cote d’ivoire, au Sénégal quand il y a un succès d’un genre de musique, ici on essaye de l’imiter alors que c’est eux qui devraient nous imiter. Si vous voyez les différents festivals organisés à travers l’Europe, il y a plus de musiciens maliens. Les autres musiciens font des spectacles à l’intention de leurs communautés en général. Tel n’est pas le cas pour nous. On est officiellement invité.

 

Malikounda : Qu’est-ce qu’il faut faire aujourd’hui pour que la musique malienne évolue sans perdre son identité ?

 

B. M : Ce que je trouve désolant c’est l’immixtion sans contrôle des rythmes venus d’ailleurs dans la musique même traditionnelle malienne comme ce fut le cas avec le « zouglou » et le « dombolo » et aujourd’hui avec le « Mapouka »… Il ne s’agit pas de se fermer mais d’opérer un tri judicieux de façon à ne pas se perdre.

 

Il faut regarder les jeunes artistes comme Rokia, Habib Néba Solo et autres qui sont en train de faire de belles choses tout en étant ouvert à l’apport extérieur. Il ne faut pas que ce qui se passe ailleurs tue ce qui se passe ici. Pour un pays aussi culturellement riche, aussi musicalement dense, cela veut dire qu’il n’y a pas de recherche de rythme, ni d’effort de composition et de création.

 

Tant que ce travail de formation, d’encadrement et même de conscientisation est fait, la musique malienne ne court aucun risque. Pour ma part, mon credo c’est de toujours porter plus haut l’étendard de la musique africaine et malienne, d’ailleurs je n’ai pas vraiment le choix, il y va de mon crédit propre et du rayonnement de mon pays. Je pense qu’avec notre appui, avec la nouvelle école, on va essayer de faire quelque chose.

 

Malikounda : Nous savons tous que produire un artiste n’est pas une chose donnée à tous, surtout quand ça se passe avec vous. Est-ce que vous avez une idée du nombre d’artistes maliens que vous avez produits ?

 

B. M. : Je ne peux pas le savoir parce que j’ai fait des productions et des arrangements pratiquement pour tous les artistes maliens.

 

Je pense que les meilleurs titres ont marché. Quand je prends le cas d’Amy Koïta, je me rappelle toujours de cette chanson, « Diarabi », que nous avons faite ensemble en Côte d'Ivoire. J’ai fait l’album « Laban » d’Oumou Sangaré et travaillé avec Nahawa Doumbia sur son premier disque « Djinè fasa »et Kandia Kouyaté pour « Amary Daou »,…

 

Malikounda : Que pensez-vous de la musique malienne actuelle ?

 

B. M. : Je pense que la musique malienne a beaucoup évolué. Je regrette qu’il y ait beaucoup d’imitations de musiques qui viennent d’ailleurs. Il n’y a pas de recherche. La nouvelle génération ne se soucie guère de l’avenir. Je ne sais pas si la relève est bien assurée ou pas.

J’entends beaucoup de musique qui passent, éphémères. Je crois que la jeune génération a besoin de s’exprimer autrement. Je suis d’avis que les gens apprennent bien la musique en premier lieu pour pouvoir mieux s’exprimer ensuite.

 

Malikounda : Vous venez d’ouvrir dans les locaux de votre studio, un centre de formation des artistes, animateurs de radios…Comment est venue l’idée de cette formation?

 

B. M : D’abord, j’ai commencé tout doucement avec mes émissions de TV5, j’ai fait un petit décor et on a eu de la chance. La coopération espagnole qui a décidé de nous aider justement à faire l’insertion pour aider les jeunes. Nous partons sur une base de 12 mois. Nous voulions devenir une courroie de transmissions entre l’INA, le Centre multimédias Balla Fasséké Kouyaté et la vie professionnelle. Comme Tounka-Gouna a eu beaucoup de succès auprès des Maliens et du monde entier (Elle est reprise par CFI et diffusé dans 52 pays), elle a donné l’opportunité aux jeunes d’être présent sur des plateaux de télévision. Jamais ces jeunes n’auraient pu être sur des plateaux de télé s’il n’y avait pas Tounka Gouna. L’idée est venue de là. Je voudrais que les gens se disent que la musique ne s’arrête pas simplement à la danse, à la télévision. Il faut penser aux 2è âges. Je donne l’opportunité aux jeunes d’apprendre de moi ce que moi j’ai pu apprendre depuis que j’étais en France, Cote d’Ivoire, USA.

 

Malikounda : Il y a un fait qui tue les artistes, c’est le problème de piraterie. Alors en tant qu’expert de la musique comment peut-on vraiment mettre fin au phénomène ?

 

B. M : J’en ai parlé avec le ministre de la culture l’autre jour. Il m’a dit qu’il prenait toutes les dispositions. Mais ce n’est qu’un discours que j’ai entendu depuis la Cote d’Ivoire jusqu’au Mali. Tant qu’il n’y a pas de volonté politique, la piraterie ne s’arrêtera pas. Il faut que les politiques s’impliquent dedans en prenant des décisions importantes au niveau de l’assemblée nationale, de la présidence de la République. Sinon tout ce qu’on va dire ne servira à rien.

Regardez, si aujourd’hui, au niveau de l’assemblé nationale, on arrête une loi qui criminalise la piraterie, je vous assure que ça va s’arrêtera. Il faut que les politiques s’impliquent sinon on a assez souffert.

 



 
 
 
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