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| Aménagement:LE BLUES DES PAYSAGISTES |
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En faisant une petite ronde à Bamako, le visiteur est frappé par une forte présence de la végétation (espaces verts et jardins publics) qui sont légion dans les quartiers. Pour réaliser ces "points verts", on a recours aux compétences d'un artiste : le paysagiste.
Tout comme un architecte, il travaille sur des plans et doit appréhender volumes et espaces. Mais il doit également compter avec une dimension supplémentaire : le temps. Un arbre ne pousse pas en un jour, et les créations doivent croître et embellir. Le paysagiste est tout à la fois scientifique, car il connaît intimement les plantes et les sols, créateur, car il a étudié l'histoire de l'art et des jardins et gestionnaire, parce qu'il maîtrise les procédures administratives, négocie les contrats, élabore les budgets et veille à tenir les délais. Il exerce dans des bureaux d'études, pour les services publics, ou travaille en indépendant.
Pourtant le paysagiste n'est pas seulement qu'un homme de l'art, c'est aussi un connaisseur et un observateur des phénomènes naturels. De l'utopie à la réalité, c'est cette équation qui doit être résolue par le paysagiste pour mener à bien la réalisation d'un parc ou d'un jardin. Dans son activité, le paysagiste est amené à collaborer avec l'urbaniste, l'architecte, l'artiste, l'élu, l'entrepreneur. Ces binomes traduisent les multiples facettes de cette profession. Dans le cadre d'un projet de construction ou de réhabilitation d'un quartier ou d'une ville, le paysagiste intervient pour créer un cadre d'ensemble harmonieux en respectant le site dans lequel s'intègrent les nouvelles constructions. LA PRÉCARITÉ. Doté d'une grande créativité et d'un sens de l'esthétisme, il conçoit également des espaces verts en collaboration avec un horticulteur. Il est présent du début du projet à la réalisation du chantier. Depuis quelques années, les collectivités locales prennent conscience de l'importance des paysages et font de plus en plus appel aux paysagistes à l'occasion de l'aménagement de berges, de chemins de randonnées, de la restructuration d'une place ou de l'aménagement des grands axes. Outre le travail en agence, les paysagistes peuvent mettre leurs compétences au service de collectivités territoriales.
"Si le travail se fait comme il se doit, on peut vivre et s'épanouir de notre métier", analyse Sidi Coulibaly, planteur, aménagiste, propriétaire du jardin "Benkadi" sur l'avenue de l'OUA. Son collègue Bassirou Koné, fustige le comportement des mairies qui sont les plus grands pourvoyeurs de marchés en la matière. Mais dans l'attribution des marchés, la corruption et le népotisme aidant, ce sont des personnes peu ou prou qualifiées qui sont sollictées. N'ayant aucune compétence pour exécuter les travaux, elles sont obligées de se tourner vers nous, confie Bassirou. Sous la pression économique, nous sommes obligés de faire les travaux à des prix très bas". Dans la même vaine, Paul Coulibaly explique que son Association manque de ressources à cause de l'absence d'activités. Malgré les nombreux services qu'elle rend, tels que la production, la commercialisation des plants, la réalisation et l'entretien des espaces verts et des jardins privés, la formation, etc., "les Amis de la nature", peinent à sortir la tête de l'eau. Dans la plupart des cas, un artisan paysagiste indépendant assume tous les rôles. Il dessine les plans, discute du devis avec le client puis réalise l'ensemble des travaux. Le constat général est qu'aujourd'hui, les paysagistes maliens vivent dans la précarité totale. Le sous-emploi, le manque d'eau en période sèche pour arroser les plants sont entre autres difficultés qu'ils vivent. Compte tenu de cette situation, les mairies ont fait un geste en exonérant le métier des taxes municipales. Mais cela ne suffit pas, insiste Paul Coulibaly. "Pour aider à développer notre activité pour qu'on en vive, il faut nous contacter directement pour nous confier les travaux, au lieu de passer par des intermédiaires", préconise-t-il. Pour participer activement à la vie économique du pays, les paysagistes ont besoin d'une valorisation de leur métier. "On doit donner à ce travail toute sa place dans le développement socio-économique", lance Mme Coulibaly Bernadette Samaké, présidente de l'Association, "les Amis de la nature". Aujourd'hui l'espace de vie convient de moins en moins bien aux humains qui l'occupent. On privilégie encore trop souvent les lieux générateurs de bruits, de circulations et les lieux d'intenses activités économiques comme les marchés. On oublie trop souvent la qualité de l'espace. Même la campagne devient une immense usine de production livrée aux pesticides et aux champs dimensionnés pour des tracteurs de plus en plus puissants. Le paysagiste n'est pas neutre dans cette logique de vitesse, dans cette politique mondialisée. Le paysagiste reconquiert des fragments de ville pour apporter la nécessaire poésie utile aux hommes. Une voie de circulation passée au travers du regard critique du paysagiste devient une rue. Les centres commerciaux deviennent moins anarchiques. Vu l'ampleur du travail à accomplir, le métier de paysagiste a encore de beaux jours devant lui. >C. A.DIA L'Essor |
Ils sont au végétal ce que l'architecte est au béton. Mais leur métier est peu valorisé chez nous