| Les Echos - Pour Gaétan Mootoo, un expert des droits de l'Homme, au-delà de tout, c'est toute la sécurité sous-régionale qui est en danger avec ce qui se passe au nord du Mali. Il en appelle à la retenue de tous.
Les Echos : Quels constats faites-vous de la situation des droits humains au Mali dans votre rapport ?
Gaétan Mootoo : Après deux décennies de stabilité et de paix relatives, le Mali est confronté à la plus grave crise depuis son indépendance en 1960. La totalité du Nord du pays est aux mains de groupes armés qui sèment la terreur. Les groupes armés dans le Nord-Mali essayent d'installer de nouvelles mœurs. Ce qui est très préoccupant pour nous tout comme les actions de milices que sont Ganda Izo et Ganda Koy qui commettent des meurtres. Toutes les parties au conflit ont commis et continuent de commettre des violations et des atteintes à rencontre des droits humains.
Les Echos : Quels reproches faites-vous spécifiquement à la junte militaire du CNRDRE ?
G. M. : Il y a des arrestations arbitraires survenues à plusieurs reprises depuis le putsch militaire. Nous avons appris également que des exactions ont été commises par les militaires notamment des exécutions extrajudiciaires par les militaires à Sevaré et lors de la tentative de contre-coup. Il y a beaucoup de personnes qui sont détenues dans des endroits qui ne sont pas recensés comme lieux de détention, tels que la direction générale de la sécurité d'État (DGSE). Nous avons demandé au nouveau directeur de la Sécurité d'Etat à pouvoir rencontrer ces personnes, mais nous sommes restés sans réponse.
Les Echos : Votre enquête a été menée à Bamako et dans des camps de déplacés et de réfugiés au Niger. Pourquoi vous n'êtes pas allé au nord occupé par des groupes armés?
G. M. : Nous sommes restés à Bamako et dans les camps de réfugiés au Niger pendant trois semaines. Nous ne sommes pas allé au Nord pour des raisons de sécurité parce qu'Amnesty n'entend pas mettre en danger la sécurité de sa délégation. Si on peut obtenir des informations par d'autres moyens notamment en rencontrant les personnes déplacées à Bamako et dans les camps, c'est mieux pour nous que de nous exposer et exposer d'autres personnes.
Les Echos : Est-ce que ce sont les mêmes explications que vous donnerez aux Maliens qui vous accuseraient d'être plus critiques envers l'armée et les autorités maliennes qu'envers le MNLA et les groupes armés qui occupent le Nord du pays ?
G. M. : Je ne pense pas qu'on puisse nous faire ce reproche. Nous avons dans ce rapport évoqué les violations commises par l'armée malienne, mais aussi les violences faites aux femmes par les groupes armés qui occupent le Nord du Mali. Nous dénonçons l'utilisation des enfants soldats par les groupes armés, les prises d'otage par Al-Qaïda au Maghreb islamique. Nous dénonçons également les nouvelles mœurs que les groupes armés essaient d'imposer aux populations au Nord-Mali. Si vous lisez de très près le rapport, nous dénonçons les exactions commises dans les casernes contre les militaires au moment de la prise d'Aguelhoc. Cette critique n'est pas fondée, à mes yeux.
Les Echos : Quels risques y a-t-il aujourd'hui dans ce contexte très dégradé de la situation des droits humains ?
G. M. : Sans une action coordonnée pour protéger les droits humains, faire respecter le droit international humanitaire et venir en aide aux déplacés et aux réfugiés, c'est la totalité de la sous-région qui risque d'être déstabilisée par les effets de l'instabilité politique, du conflit armé dans le Nord et de la crise alimentaire qui affecte tout le Sahel.
Propos recueillis par OUSSOUF DlAGOLA, (correspondant permanent à Paris)
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